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Le Vigneron du Val de Loire
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Les candidats et le vin : acte 4


Rédigé le Vendredi 7 Avril 2017

L’élection présidentielle des 23 avril et 7 mai prochains s’annonce d’ores et déjà comme l’une des plus indécises depuis de nombreuses années. Comme elle l’avait fait pour l’élection présidentielle de 2012, la Cnaoc a interviewé les principaux candidats (1) sur les principaux enjeux de la viticulture française. Une manière de rappeler aux candidats l’importance de la viticulture en France, de les amener à préciser leur politique et à s’engager. Tous les candidats qui ont été approchés ont accepté de répondre aux questions de la Cnaoc. 4 thèmes sont abordés : la lutte contre l’alcoolisme, la fiscalité sur les produits vitivinicoles, viticulture et environnement et la place du secteur viticole au sein de l’Union Européenne. Voici le quatrième et dernier volet.


La politique européenne qui s’applique dans le secteur viticole est unique : régulation, aides consacrées à l’investissement et à la reconquête des marchés etc. Quel modèle agricole entendez-vous défendre lors de la prochaine réforme de la PAC ? Quelle importance accorderez-vous à la défense des AOC et des Indications Géographiques (IG) dans les négociations internationales ?  

François Fillon
 : Je souhaite préserver la spécificité vitivinicole dans l’OCM unique avec deux objectifs : l’amélioration de la qualité (investissement, restructuration) et la promotion. Il faudra simplifier l’administration et l’accès à ces outils. Les dossiers sont trop compliqués à remplir. Cette complexité a d’ailleurs un impact négatif sur la façon dont la France consomme les enveloppes budgétaires européennes, notamment le Programme d’Aide Nationale qui met à disposition du secteur 280 millions d’€ par an pour financer des mesures spécifiques : investissement, promotion, restructuration, reconversion des vignobles, innovation et gestion des risques. Mais au-delà de l’OCM unique, je souhaite que l’Europe prenne à bras le corps la défense de nos viticulteurs dans les accords internationaux pour leur permettre d’accéder plus facilement aux marchés. Financer la promotion sans peser dans les accords internationaux n’a pas de sens. Je pense notamment aux droits de douanes qui pénalisent nos viticulteurs. La France doit peser en Europe pour qu’elle soit en première ligne pour défendre nos mentions traditionnelles : châteaux et crus ainsi que nos indications géographiques (AOC, IGP, …) qui sont l’ADN de notre viticulture. Enfin, je note qu’en Europe, le « marché commun » n’existe pas encore pour le vin et qu’il est très compliqué pour un vigneron d’expédier ses produits dans la communauté. Nous avons besoin de convergence sur les droits d’accise qui diffèrent d’un pays à l’autre et rendent compliquée la libre circulation du vin.


 

Benoît Hamon : Il faut aujourd'hui faire en sorte que la future Politique Agricole Commune soit d'abord faite pour les consommateurs européens qui doivent  accéder à des produits alimentaires sains, de qualité, en quantité, et issus d'une agriculture faisant vivre les territoires et protégeant l'environnement ; il faut redonner de la valeur à l'alimentation et faire en sorte de ré-accrocher l'agriculture à la création de valeur alimentaire. Mais le marché seul ne pourra jamais préserver une telle agriculture : si nous voulons des paysans qui répondent à nos besoins alimentaires et qui fassent vivre les territoires ruraux, il faut mettre fin au libéralisme qui a pris le pas dans nos politiques communautaires. Seuls des outils de régulation, de prévention des crises et de gestion des crises permettront de préserver notre tissu agricole européen. Nos Indications Géographiques et nos politiques de qualité ont démontré leur rôle exceptionnel en matière de résistance aux crises agricoles et de préservation de nos territoires ruraux ; elles font partie de notre patrimoine. Toute usurpation d'indication géographique détruit l'enracinement vital de nos produits dans leur terroir en facilitant la délocalisation de l'activité agricole. Il est donc tout aussi vital de poursuivre et de développer leur protection au niveau mondial. 

Marine Le Pen : La politique européenne dans le secteur viticole est désastreuse. Elle reproduit les mêmes travers que pour les exploitations agricoles et aboutit à une fragilisation de nos producteurs de vin. Les normes sans aucune logique se multiplient, les aides sont réparties selon des critères qui ne sont pas favorables aux petits exploitants. L’Union européenne a également considérablement affaibli nos appellations. Les viticulteurs s’en trouvent fragilisés dans la défense de leurs marques à l’étranger. La politique de l’Union européenne en matière d’offre a même conduit à l’arrachage de milliers de plants de vignes dans notre pays. La France est une grande nation viticole mais empêtrée dans la PAC, elle dégringole chaque année dans les classements internationaux. En retrouvant notre souveraineté, nous aurons les mains libres pour mener une politique audacieuse. Je franciserai également la PAC, qui sera transformée en Politique Agricole Française. Le montant des subventions sera naturellement préservé mais nous définirons désormais nos propres critères pour répartir les subventions.

Les candidats et le vin : acte 4
Emmanuel Macron : Notre projet politique est progressiste et s’articule autour de deux axes forts : libérer et protéger. Libérer, c’est permettre d’entreprendre plus facilement. Les viticulteurs et négociants sont avant tout des chefs d’entreprise. Les mesures annoncées sur le travail les concernent : transformation du CICE en allégements de charges, révision de toutes les normes inutiles, le droit à l’erreur avec une administration qui conseille plus qu’elle ne sanctionne. La négociation d’accords de libre-échange pour assurer notre compétitivité est aussi fondamentale. Protéger au niveau européen, c’est mettre en place des outils de régulation nécessaire par une PAC protectrice et ambitieuse. Là encore, retrouvons du pragmatisme et de l’efficacité. Chaque filière à ses spécificités et nous devons en tenir compte. C’est le cas de l’OCM vitivinicole qui doit être maintenu pour permettre de financer la restructuration, la politique d'investissement et la promotion dans les pays-tiers. C’est aussi le cas de nos AOC et de nos Indications Géographiques (IG) qui doivent être protégées. Protéger, c’est aussi faire plus pour ceux qui ont moins, notamment lors d’aléas climatiques comme ceux de l’an passé dans certaines régions viticoles. Nous devons parvenir à lever les freins relatifs à la franchise et au seuil de déclenchement des assurances climatiques pour mettre à disposition de ceux qui le souhaitent une assurance efficace. 

Jean-Luc Mélenchon : La définition française du vin, comme boisson issue exclusivement de la fermentation de raisin frais, a été fortement abîmée par l’UE et les négociations commerciales internationales. Le vin y perd ses spécificités de terroir, liées non seulement à une origine géographique mais aussi aux savoir-faire et aux innovations de ceux qui le travaillent. Je suis totalement opposé à la libéralisation des autorisations de plantation dont la Commission européenne continue de rêver. Le vin n’est pas une marchandise comme une autre, car c’est un produit culturel autant qu’alimentaire. Il faut au contraire renforcer les exigences des cahiers des charges de nos AOP et IGP et ne pas les banaliser. Le vin français n’a rien à gagner avec les traités de libre échange, notamment CETA et TAFTA que je combats.

(1) Principe de sélection des candidats interviewés : Candidat ayant le soutien d’un groupe politique du parlement ou candidat crédité de plus de 10 % dans les sondages au 1er février 2017 




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