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Le Vigneron du Val de Loire
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Les candidats et le vin : acte 3


Rédigé le Mercredi 5 Avril 2017

L’élection présidentielle des 23 avril et 7 mai prochains s’annonce d’ores et déjà comme l’une des plus indécises depuis de nombreuses années. Comme elle l’avait fait pour l’élection présidentielle de 2012, la Cnaoc a interviewé les principaux candidats (1) sur les principaux enjeux de la viticulture française. Une manière de rappeler aux candidats l’importance de la viticulture en France, de les amener à préciser leur politique et à s’engager. Tous les candidats qui ont été approchés ont accepté de répondre aux questions de la Cnaoc. 4 thèmes sont abordés : la lutte contre l’alcoolisme, la fiscalité sur les produits vitivinicoles, viticulture et environnement et la place du secteur viticole au sein de l’Union Européenne. Voici le troisième volet.


Depuis de nombreuses années, les viticulteurs font des efforts importants pour mieux prendre en compte l’impact de leurs pratiques sur l’environnement. Pourtant, ils font sans cesse l’objet d’attaques par des médias à sensation sur ce sujet et se sentent injustement stigmatisés. Quel politique environnementale entendez-vous défendre ? Renforcer les contraintes qui pèsent sur les viticulteurs ou au contraire les encourager ? 

François Fillon
 : Je salue les efforts accomplis par les viticulteurs. Je souhaite les accompagner dans les années qui viennent pour améliorer les pratiques et diminuer l’usage des produits phytosanitaires. A court terme cela passe par le développement de la labellisation HVE (Haute Valorisation Environnementale) des exploitations et par les certifications collectives (interprofessions, AOC, IGP…). Pour qu'ils restent compétitifs, j'abrogerai par ordonnance toutes les normes françaises ajoutées aux réglementations européennes. Je veux que nous ayons un cadre commun, compris par tous et compris des consommateurs. A moyen terme, je souhaite soutenir la recherche dans trois domaines : la génétique et l’implantation des cépages résistants, l’agriculture connectée qui permet de diminuer le recours aux traitements, et les engrais verts qui stockent le carbone et améliore la fertilité des sols... Chaque exploitation doit pouvoir être éligible au Crédit-Impôt-Recherche afin que nos agriculteurs deviennent de véritables paysans-chercheurs. Je crois au progrès.
 

Benoît Hamon : Les démarches engagées par Stéphane Le Foll, notamment pour promouvoir l'agro-écologie, constituent incontestablement les meilleures réponses ; il faut cesser de considérer que la prise en compte des préoccupations environnementales constitue une contrainte. Intégrons l'environnement dans les facteurs positifs de la production agricole ; créons des synergies entre les critères environnementaux et les autres facteurs de production par un accompagnement des producteurs vers des pratiques plus respectueuses de l’environnement et de la santé, optimisons les facteurs naturels de production et prenons les consommateurs à témoin : ils sauront reconnaître les démarches vertueuses en tant que consommateurs-citoyens. 

Marine Le Pen : La question des pesticides et l’impact de la viticulture sur l’environnement sont devenus centraux, notamment dans les grandes régions viticoles. Il est de mon devoir de protéger la santé de mes compatriotes et mon projet présidentiel va en ce sens.  Pour autant, il faut aussi souligner les nombreux efforts réalisés par nos viticulteurs, qui réduisent les pesticides qu’ils emploient et se convertissent de plus en plus au bio. Je suis favorable à ce que l’on encourage ce mouvement. Les normes doivent protéger à la fois nos producteurs et la santé des consommateurs. Aujourd’hui, beaucoup de normes sont incohérentes. Mais je te tiens à souligner que la plupart des contraintes pesant sur nos viticulteurs émanent de l’Union européenne. En récupérant notre souveraineté, nous remettrons de l’ordre dans ce maquis législatif.

Les candidats et le vin : acte 3
Emmanuel Macron : Le principal défi pour notre viticulture est environnemental. Les nombreux vignerons ou négociants que j’ai rencontré m’ont fait part de leurs inquiétudes sur les produits phytosanitaires. Pour leur santé tout d’abord, car ils sont les premiers concernés mais aussi par rapport aux attentes fortes des français. La prise de conscience est là, il faut maintenant relever ce défi environnemental ensemble. Pour y parvenir, il faut cesser d’opposer les modèles entre le bio et le conventionnel. Il faut sortir de l’écologie punitive. Le rôle de l’Etat, c’est un rôle d’accompagnement pour soutenir ceux qui s’engagent volontairement dans des pratiques vertueuses. C’est l’objectif de notre PSE (paiement pour services environnementaux) de 200 millions d’euros par an qui rémunèrera les services environnementaux rendus. Nous engagerons les collectivités locales dans cette démarche de progrès car les solutions ne sont pas les mêmes pour tous les territoires. Le Plan de Transformation Agricole (de 5 milliards d’euros sur 5 ans) soutiendra les projets de modernisation des exploitations ayant un impact positif sur l’environnement. C’est par l'innovation agronomique que nous trouverons des solutions pour une viticulture durable. 

Jean-Luc Mélenchon : Les premiers bénéficiaires de ces efforts écologiques sont les vignerons eux-mêmes. Ma conviction profonde est que le bio doit devenir la règle et la chimie l’exception. Nous défendons l’interdiction de tous les pesticides dangereux, à commencer par le glyphosate. Beaucoup de viticulteurs conventionnels tournent d'ailleurs déjà le dos au désherbage chimique en renouant avec le travail des sols, l’enherbement ou des semis dans les vignes. Cela montre qu’il est possible de planifier plus globalement la transition écologique de l’agriculture. Car souvent le bio ne suffit pas, surtout quand il est détourné par des grands groupes aux pratiques peu écologiques. La liberté des vignerons, et donc aussi la créativité de leur travail, passe par la réduction globale de leur dépendance face à tous les vendeurs de produits, surtout à l’heure de la monstrueuse fusion entre Bayer et Monsanto.

(1) Principe de sélection des candidats interviewés : Candidat ayant le soutien d’un groupe politique du parlement ou candidat crédité de plus de 10 % dans les sondages au 1er février 2017 




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